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 Au champ de bataille de mes lâchetés, j'ai cherché le miroir de mes fautes _ Enver & Jizo

| Lun 16 Oct - 13:33

Jizo Takeda


Nuit sans sommeil, indélicate amante boudeuse aux atours de démon. Nuit sans sommeil, infâme matrone au visage de tyran, tes dents ont des éclats trop rouges, qui déchirent la réalité pour rendre aux insomnies des errances innombrables. Innommables. Nuit sans sommeil... Je déambule, ma cigarette au bord des lèvres, ma rancune au bord du coeur. Nuit sans sommeil. La confrérie est reparue dans mon existence pour lui rendre ses barreaux. Cage dorée que j'ai choisie un jour dans la solitude de mes résolutions glacées. Les pas de l'ombre, sous la fadeur des étoiles, rue désertée de toutes les âmes braillardes qui me dégoûtent. Une solitude restaurée, frappée par mon coeur qui caracole d'horreur, sous ma chemise moitié ouverte. L'état débraillé de mon personnage toujours si impeccable, l'oeil brillant d'un manque que je ne sais comment combler. Arès est là et il geint par intermittence mon désarroi, car je suis bien incapable de l'exprimer. Je ne vais nulle part, je ne peux pas me résoudre à rentrer pour affronter le ricanement moqueur de ma propre conscience. Te voilà bien piégé. N'est-ce-pas ? N'est-ce-pas ? Putain ! Ta gueule ! Personne ne me piège, nul ne me manipule. Ni la lame de mes maîtres, ni les délires pervers de Fortune. Personne.

Je marche plus rapidement encore, comme pour fuir ce que je traîne encerclé à mes chevilles, gravé dans ma chair, infiltré dans mon sang. Ce soir, le tatouage pulse au rythme de mes enfermements. Et les voies que je trace me paraissent toutes condamnées. J'ai envie de boire. J'ai envie de hurler. Tout est pourtant enfoui en moi sous le poids de mes airs maîtrisés. Quand je ne maîtrise rien. Plus rien. Pas ce soir. Pas cette nuit où le sommeil s'est brisé dans un rire étranglé. Une ruelle muette qui coupe ma retraite, je dévie pour revenir sur mes pas jusqu'à ce que je ne bouscule une silhouette étrange, cruel rappel de mon altérité. Matérialité horrible que celle du corps quand l'on souhaite tant s'en échapper. De l'air. De l'air.

Le doberman se fige, mais se détend bien avant moi. Frêle. Fragile. Évanescente enfant aux traits de femme. La silhouette ne représente aucun danger. La politesse ne franchit pas mes lèvres quand c'est moi qui devrait m'excuser. Je me fige toutefois dans l'attente qu'elle le fasse à ma place et que mon pouvoir sur le monde ne soit totalement dénigré sous les raies changeants de la Lune. Elle la détoure comme une entité surnaturelle, dans ses attitudes, j'ai l'impression de frôler une autre réalité. Je n'ai pas envie d'y plonger. Pas maintenant. Pas maintenant quand tout semble m'échapper. Mon prosaïsme et mes certitudes ancrées dans chacun de mes pas. Je ne sais pas pourquoi, je continue de la toiser tout en rabattant le pan de mon long manteau noir, instinct de protection quand elle ne peut m'atteindre. Elle ne me connait pas. Je ne la connais pas non plus. L'ignorance est sans doute mon unique salut. Cette nuit, seulement, le salut devient mirage qui se moire sous mon regard devenu assassin. Ma langue acerbe cherche à la cueillir pour l'arracher à ses propres évasions. Plus de salut pour toi non plus. Je préfère navrer tes pensées plutôt que de me plonger dans les miennes. Arès me regarde longuement, il sent le forfait bien avant qu'il ne glisse sur mon visage, plus froid qu'à l'accoutumée comme pour rétablir une muraille depuis trop longtemps écroulée :
_ Quand on a l'idée saugrenue de perturber un chemin établi, la moindre des choses, c'est sans doute de se fendre d'une excuse, ou du moins trouver une justification à son attitude.
Elle me fait penser à d'autres reflets que je ne veux même pas éveiller dans ma mémoire. Elle me fait penser à mon incompétence. Elle me rappelle mes manquements de jadis. Elle me fait songer à l'indigence de tous ceux qui me rendent mes regards sans trouver le panache des mots pour parure. Réponds donc par tes silences, farfadet arraché de l'éther, et passe ton chemin. Passe ton chemin. Ignore donc mon existence pour que te soit rendue la tienne telle qu'elle fut. Inutile sans doute. Inintéressante sûrement. Laisse le mépris tomber jusqu'à tes jolis souliers, tourne tes yeux vers la Lune, choisis le bon juge cette nuit, pour mieux la traverser.


Maintenant, je sais. Ce monde, tel qu'il est fait, n'est pas supportable. J'ai donc besoin de la lune, ou du bonheur, ou de l'immortalité, de quelque chose qui soit dément peut-être, mais qui ne soit pas de ce monde.