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 Pour l'amour de l'art. (Pv Enver)

| Sam 17 Juin - 17:22

Aleksei Tchakov

Quartier Nord_Dix-sept heure_Galerie d’art/Coincé entre Louis Vuitton et Prada.
“不眠症”

« Nuit d’insomnie
Quittant ma pauvre hutte
Lune d’été. »

Yosan Buson
   
 
 Chaud, trop chaud. J’ai beau avoir relevé mes cheveux en chignon, je sens une fine pellicule de transpiration se former sur ma nuque. Au milieu d’une masse de pantins. Robes de cocktails et talons toujours plus affolants pour la gente féminine. Costume trois pièces et richelieu de marque pour la gente masculine.  Une douce musique résonne dans mes tympans contrastant avec mon état d’esprit actuel. Un verre rempli de mousseux, ou d’autre chose, pas de champagne en tout cas, à la main ; mes toiles, non, pardon, mes œuvres aux murs, éclairées et positionnées de sorte à les mettre le plus en valeur possible.  Un sourire des plus naturel aux lèvres, mon corps serré dans ce costume dont on m’a affublé. Je traverse la masse, discutant à droite à gauche avec homme et femme, critiques parfois, de mes œuvres. Après tout, il s’agit ici de me faire connaître et bien entendu, chaque avis s’il est constructif est bon à prendre. Une toile paraît plaire plus que les autres, ma foi, pourquoi pas ?

 “不眠症”(Insomnie) , quelle ironie que ce triptyque ayant été écrit durant l’une de mes insomnies quotidiennes ai tant de succès qu’il soit prédestiné à un concours de calligraphie. Tellement ironique que j’en viens à me détendre un tantinet. Inconsciemment je porte mon verre à mes lèvres et avale une gorgée de son plus ou moins précieux contenu. Mon regard balaye la pièce comme à la recherche de quelque chose mais n’y trouve qu’un assemblage de corps, son et lumière dans un cadre précis où tout est en ordre et rien ne dépasse. Un ennuie des plus mortel.

 Une main, sur mon épaule. Détourne mon attention de la porte d’entrée, et de sortie, seule issue de ce monde. Un visage. Une bouche rosé, un nez poudré et des yeux maquillés. Rien d’extravagant, banal, rien de marquant non plus, ordinaire, mais suffisant pour l’instant. Mon sourire dévoile légèrement ma dentition et j’écoute avec une attention plus ou moins réelle ma nouvelle interlocutrice.

    Me voilà bras dessus, bras dessous avec…. Mélanie ? Mélodie ? Peu importe . Occuper à « lui faire visiter la galerie » et lui expliquer le pourquoi du comment de mes peintures. Bavarde. Un peu trop peut-être ? Elle glousse. Pas de rire franc, juste des gloussements  aigus qui sonnent faux dans mes oreilles. Elle se rapproche imperceptiblement de ma personne, physiquement parlant, ce que j’aurais éventuellement pu trouver intéressant si je n’étais pas littéralement en train de mourir de chaud. Mon bras glisse pourtant autour de sa taille et je me penche vers elle afin de lui « montrer » un détail quelconque sur une des peintures.

 Un courant d’air vient caresser ma nuque. Dieu merci quelqu’un a enfin ouvert cette maudite porte. Me redressant, je tends à reprendre ma passionnante aventure au travers de cette même masse inchangé. Mes sourcils se froncent légèrement de façon invisible. Un murmure étrange se créer. On peut sentir une distorsion de l’ambiance environnante.  Que… ?  

   La dite porte toujours grande ouverte. Une femme à fait son entrée. Une femme à la démarche chaloupé, fluide, trop fluide même. Un corps trop petit dans des habits trop grands et sur des talons trop hauts. Des cheveux blancs comme une toile vierge, des yeux noirs comme l’encre qui tache régulièrement mes mains. Un sourire narquois étire mes lèvres. Une tornade vient comme qui dirait d’arriver. Je la fixe un instant et je crois capter son regard le temps d’une seconde, curiosité ? Dédains ? Un peu des deux peut-être. La musique s’arrête puis une autre prend sa suite, plus entraînante et dynamique. C’est ce que je suppose être un des serveurs qui va à la rencontre de la jeune femme, de mon invité et qui lui tend une coupe. Je lui adresse un signe de tête et lève ma propre coupe dans dans sa direction, toujours avec ce sourire en coin collé aux lèvres, les yeux que je veux sombres, bien que j’éprouve l’envie de rire comme un enfant.

 C’est pourtant en direction de Mélodie que mon regard se tourne et se pose à nouveau, tournant le dos à Enver. Continuons, voulez-vous ? Je me remet en mouvement, de nouveau bras dessus, bras dessous. La condensation sur mon verre forme des gouttes qui coulent sur mes doigts de façon irrégulière.