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 Ouverture. || Enver.

| Mar 23 Jan - 15:31

Hanka Jagiełło

When the water seems too deep,
Riche idée, de construire un casino en bord de mer. Cela lui rappelait Biarritz.
L'air était frais depuis la tombée de la nuit. La brise faisait bouger les lampadaires qui longeaient la jetée, elle en était presque certaine ; ou alors frémissaient-ils sous les battements des ailes des nuées de papillons de nuit qui aimaient à se les brûler. Le regard perdu contre les vagues, elle rata ses lèvres avec la coupe de mousseux. Cela ne faisait aucun sens, ce n'était rien. Elle n'avait de toutes façons jamais aimé les bulles.

Les basses à côté d'elle tonnèrent et elle continua à se balancer en rythme, accrochée à la barrière du balcon. Le son venait d'à côté mais d'en bas - juste d'un étage en-dessous, de la terrasse d'un restaurant, La Mezzanine, en français parce que de l'avis des classes moyennes leur entrecôte était divine. Une mezzanine qu'elle préférait écouter plutôt que voir. Parvenir à se balancer comme ça, avec autant d'habileté, il fallait reconnaître à l'établissement une sono de première qualité et au casino une isolation sonore aux petits oignons. De ça, elle voulait bien manger.
Son ventre gargouillait. Elle avait oublié de le faire en partant et avait perdu la plupart de ses gains. Le retour à la maison sentait les nouilles au bœuf instantanées. Hanka somma son estomac de cesser son caprice d'un claquement de langue réprobateur. Elle estimait toujours davantage la culture à la faim.

Le champagne le long du bras à force de reposer sur l'autre.
La terrasse était déserte, mais elle n'était pas seule. Dans l'eau profitait un surfeur audacieux mais débutant - impossible de faire quoi que ce soit de vagues aussi maigres sinon en profiter pour apprendre à tenir sur la planche, soutenu sur la plage nue par les rires d'une femme. Elle n'était pas sûre qu'elle rît vraiment, mais c'était plus joli à imaginer comme ça.
Le long du muret qui ourlait le tableau s'étaient levés de jeunes gens, tout d'herbe parfumés et de reflets sur leur peau dessinés. Elle les trouva magnifiques, à gesticuler comme ça pour la saluer ; et elle, en Impératrice de Bonté, leur rendit leur attention par le sacrifice d'une coupe en cristal qu'elle savait hors de prix. Cela ne faisait aucun sens. Ce n'était rien.

Libre de considérer l'éclat contre le trottoir désert comme une basse à part entière. Libre de lâcher les barreaux de la terrasse et de tanguer sur sa dizaine de centimètres de rajout, cambrure offerte à la bénédiction d'une eau qu'elle savait disponible, parce que l'argent appelle l'argent, qu'elle n'avait jamais été baptisée et que cette robe de soirée avait bien besoin d'un nom.
Recule, entraînée par le mouvement ; que l'on prouve qu'un maquillage élaboré tient l'eau, même sacrée ;
que l'on ne s'inquiète plus de savoir comment traverser une salle de casino une fois trempée ;
que l'on s'acquiert de l'écoute une fois immergée.
C'était une terrasse avec piscine.

Pas un bruit. Ses seuls bras, ondulants selon les vibrations qui battaient, pour capter l'oxygène dehors. Ses chaussures étaient vernies, il n'y avait pas à s'en faire.

J'ai lavé le visage de ton avenir.
| Dim 17 Juin - 22:34

Christal Marshall



Elle était l'une de ces créatures presque exclusivement nocturnes. Presque inadaptée au langage parlé, pas vraiment agile ni charismatique. Elle n'avait pas l'allure, elle n'avait pas la sensiblerie non plus. Elle aussi se cognait aux lumières des réverbères sans même souffler un mot. Elle avait pris l'habitude de toujours se relever sans regarder autour. La vérité c'est qu'elle ne voyait pas vraiment autour. Elle était devenue son petit centre chaud, entre elle et elle. Imbibée d'elle-même et de ses jolies figures. Parfois elle passait une heure devant la glace à se demander s'il fallait se maquiller ou non. La plupart du temps, ses doigts portaient déjà tout le charbon de son être. Elle aimait son café au lait et son espoir noir.
Elle aimait penser qu'il n'y avait personne d'autre au monde et se demander à qui elle payait ses factures d'électricité.
Happée dans son petit appartement isolé, au creux des vagues denses, elle était devenue exilée. Elle s'était arrachée à sa famille depuis quelques années déjà sans que personne ne soit brusqué. Morgan lui envoyait des messages de temps en temps, elle prenait toujours grand soin à ne jamais lui répondre à temps. Au cas où.

Elle ne savait pas vraiment pourquoi.

Elle dessinait le monde et ses mirages lorsqu'elle n'était pas au tribunal. Elle aimait marcher la nuit le long des dunes lorsqu'elle ne se reconnaissait plus dans le brouhaha de la ville. Elle aimait perdre son argent aussi, oui, elle adorait ça. Une somme allouée chaque mois, très précise, en accord avec son tempérament du moment. Quelques heures dans une soirée, à faire tourner, à passer, à rouler, à s'allonger. C'était comme aller au cinéma, en plus exaltant. Sa petite dose à elle de Pulp Fiction à elle, de Million Dollars Baby, de Fast and Furious, mais en beaucoup beaucoup plus cher.
Elle passait de temps à autre attraper les billets des pizzas que ses parents laissaient accrochés au réfrigérateur familial. Mais seulement en cas d'extrême nécessité. Il est vrai qu'elle était devenue une adulte responsable et totalement autonome.

Ses rêves de grandeurs et de richesses n'avaient jamais été, elle dépensait toujours plus que ce qu'elle ne gagnait. De ce fait, elle avait une affection particulière pour les jolies choses inestimables. A dire vrai, elle dessinait les êtres-humains comme personne. Accoudée à cette terrasse et à moitié sonnée par sa coupe de champagne, elle semblait comme déposée au hasard sur le paysage. Lorsqu'elle se déhanchait vers les inconnus, sa courbure prenait des angles calculés et langoureux. Elle était belle comme un livre d'arithmétique. Sans faille et évidente.
L'éclat de l'eau contre sa peau pourfendait l'arrivée de la nuit. Elle s'y plongea.

Et entre elles, il n'y avait plus que la lumière du bassin.

Ses pieds s'approchèrent du bord, elle se déchaussa de ses haut-talons avant de redescendre vers elle. Elle était en dessous du niveau de la mer.

Il existait des créatures dangereuses de leur beauté. Ses mains les avaient immortalisées, le spectacle les avait bercées de longues minutes avant qu'elle ne lâche ses crayons. A moitié dans la lune et frissonnante dans le noir, les reflets de geai sur sa peau semblaient se confondre dans ses propres iris. Elle n'osait pas toucher sa surface, les mouvements des vagues l'avaient emmenée au milieu du basin. Peut-être fallait-il attendre le levé de la marée, Ophélie.

—  Ca ferait une super photo pour ton profil Instagram.


La vérité, c'est qu'elle mourrait d'envie de remplir la piscine de lait et de fleurs séchées.

— J’ai pris le temps de te dessiner pendant que tu attrapais la crève. Merci pour ton dévouement.

Sa langue articulait un japonais sans âme qu’elle ne comprenait pas. Deux êtres de l’étrange aussi étrangères l’une comme l’autre. Les clapotis semblaient parler leur langue.

— Hanka, non ? Même trempées, tes robes te vont à merveille.



innocence
| Lun 15 Oct - 21:36

Hanka Jagiełło

When the water seems too deep,
Elle gardait les yeux ouverts en tout temps et évitait ainsi d'être prise en traître. Il semblait être un avantage certain à être au sol ; il n'y avait plus de revers à craindre, juste le ciel à regarder.

Elle le voyait très clairement. Ce très pur ciel cadenassé, noir par commodité, comme tout ce qui assourdit la lumière. L'astre de son repos, coupé d'air, battait des cils et n'avait plus rien d'humain. L'heure était à la considération, aux sagesses, aux retraites salvatrices, à la religion, à la science, à l'art ; à marée la plus haute et la plus sombre des symboles neufs, obliques et tendres, vertueux oubliés par des sens alors immobiles. Il y avait là le secret du tombeau et le rêve d'un mendiant de rouge et de glaise, un calme de roche, un amour absolu magma à l'osmose eurythmique. Il y avait le tout, le Livre, la Danse et le pur Son, trinité de confiance et d'harmonie - un chef-d'oeuvre trouble et entouré de bulles, elle battait des cils parfois pour ne jamais perdre de vue l’inénarrable poétique du Beau.

C'est sa poitrine qui goûta l'extérieur en première, elle avait payé pour. Son visage trop lointain pour soulever l'existence de la voix qui la tirait de son isolement, elle l'imagina juvénile, craquelée d'un maquillage adulte, mûr d'un jour, peut-être mal fixé ; il se peignit très clair de roses, poudré de pollen, asthmatique, citronné et évoqué de satin. Le bruit qui venait de lui comme la cassette rembobinée d'une émission scientifique vieille de vingt ans. Il avait sa propre langue.

- Pour un profil Instagram de mannequin peut-être. Merci de me faire vivre ailleurs qu'ici.

Son corps retourna à l'eau, près du théâtre ; l'instant suivant elle respirait encore, le crâne engourdi par des cheveux trop lourds, les chevilles entraînées vers le fond par deux enclumes très chères et vernies. Elle voulait flotter, alors elle flottait.
Et le dos nu, et la cambrure toute anguille, et la tâche de naissance s'accoutumèrent au beau du ciel-serrure.

- C'est que je ne laisse rien au hasard. Sauf mon nom, visiblement. Je ne sais pas pourquoi j'ai pris un pseudonyme si c'est pour que tout le monde sache par quel nom je signe mes papiers.

La cassette était pérenne, polie de lys et de manières, accroupie sans doute contre un foyer éteint qu'elle avait regardé mourir, témoin fragile du calme seul. Une compagne agréable qu'elle vit enfin, de son empire statique, cargaison comme elle, éveuse et naufragée, la main abandonnée contre sa gorge fertile de mots comme de perles.

- Tu es la sœur Marshall. Tu parles aussi mal japonais que lui.

Elle lui sourit.
Quelque brasse pour justifier son territoire et la peau bientôt flétrie de ses doigts. Au plus elle nageait, au plus le chlore taillait la lumière de sa robe ; elle était astre rongée par le noir, surannée, écorchée, mais elle nageait bien. Presque trop.

- J'espère que c'est une visite de courtoisie. L'eau est plutôt bonne.
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