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 Is my soul too dark for you ? [ft. Arcan Lawstin]

| Jeu 17 Aoû - 0:21

Niflheim Guenhwyvar

Quelque part | 20h48

Unbent. Unbowed. Unbroken.

Elle allait crever. Cette fois c’était sûr, elle se viderait de son sang et passerait l’arme à gauche avant même de pouvoir se remplir le ventre une dernière fois. C’était con, elle mourait de faim. Elle mourrait tout court en réalité. Son corps vide d'hémoglobine la tuerait avant son estomac vide de bouffe pourtant. Déjà, vu les litres qu’elle laissait sur le trottoir, elle était pas loin de rendre l’âme dans le caniveau, que ça lui plaise ou non. Lentement en plus, parce qu’elle avait eu la merveilleuse idée de se faire un garrot serré, assez pour ralentir drastiquement l’écoulement. Putain de génie, au lieu de trépasser rapidement, engourdie par le manque de sang et le froid, elle prendrait doucement conscience de sa mort, incapable de bouger mais son cerveau tournant toujours à plein régime –enfin, autant qu’il le pouvait.

Génial, vraiment.

Niflheim se trainait comme ça depuis des centaines de mètres, peut-être une paire de kilomètre, tout au plus. Sa lente progression était rythmée par ses propres insultes qu’elle s’envoyait à elle-même, au connard responsable de ça, à la canette vide sur son passage, au monde entier et à l’Univers. La douleur étourdissante de son membre coupé se diluait peu à peu pour laisser place à une pulsation sourde et lancinante là où il y avait auparavant un bras. Les membres coupés ne faisaient pas légion par ici, mais ça arrivait. Alors comme tout le monde ans le même cas, elle avait été voir Diesel, le mécanicien qui avait élu domicile au sous-sol de l’ancien hôtel, maintenant transformé en Quartier Général de l’une des mafias du quartier. Les voitures étaient rares dans cette part de la ville, alors Diesel avait dû se diversifier et s’occupait d’à peu près tout, des horloges jusqu’aux camions –et cela comptait donc les prothèses métalliques. Tout à fait précaires et propices au tétanos voire à la septicémie, mais c’était toujours mieux que rien. Et il lui avait répondu la même chose qu’elle lui avait craché au visage quelques années plus tôt, quand il vint avec peu d’argent et une affaire sans grande intérêt : « Dégage. »

Alors maintenant, elle rampait jusqu’au quartier Sud en espérant qu’elle ait assez de sang dans le corps pour aller là-bas. C’était une course contre la montre, et son hémoglobine était le sable témoin de sa propre déchéance. Sauf que cette fois, le sablier était cassé et se déversait sur les pavés. Et c’était brulant sur sa peau froide, et poisseux. Ça collait ses cheveux céruléens sur sa clavicule et ce qui lui restait d’épaule. Elle était même certaine d’y avoir laissé quelques mèches en serrant la sangle autour de son membre atrophié. Et pour pas l’aider, ça la faisait glisser. Une vrai patinoire cette merde. Avec un peu de chance, elle se briserait la nuque et ça abrégerait ses souffrances. Un cadavre de plus dans l’Est, la belle affaire. Si au moins elle pouvait caner devant un hôpital du Sud, ça serait bien plus drôle. Un peu de désordre dans leurs vies bien rangées de bourges : une pauvre paumée des rues qui vient crever devant leur hosto parfaitement stérilisé.

Il y avait de l’espoir dans son pas vacillant et des promesses dans son sourire cynique. Niflheim ne sut pas vraiment quand elle passa la limite du quartier –il n’y avait pas de douanes, de soldat ou de barbelés, pas de ligne blanche ni de portail doré. Elle avait toujours pensé, un peu naïvement, qu’elle le saurait lorsqu’elle la traverserait, cette limite. Que la puanteur disparaitrait, que les routes seraient neuves et qu’un généreux médecin viendrait héroïquement lui sauver la peau. Mais au final, même après plusieurs minutes de marche, ça restait toujours pareil : Le ciel se montrait tout aussi gris que de l’autre côté, les passants continuaient de tirer la gueule en la voyant et l’odeur d’hypocrisie était encore plus étouffante. Le moindre pas devenait un calvaire, et elle se rendait douloureusement compte de la difficulté d’un mouvement. Niflheim était un bambin qui réapprenait à marcher.

Droite –hanche, genoux, cheville, talon, orteils.
Gauche –orteils, talon, cheville, genoux, hanche.
Respire, recommence.
Crève pas abrutie, respire.
Droite, gauche. Encore. Encore. Encore.


Niflheim, elle n’aimait pas marcher. Marcher c’était être lent, vulnérable. Une proie facile. Courir c’était bien mieux. Courir a en perdre haleine, le Nord, le souffle et peut-être même la raison. Courir après la vie, la Mort et courir puis fuir le tout et le rien. Niflheim était née pour courir mais maintenant, elle était rabaissée à ramper.

Elle était trempée aussi. Trempée de sueur, de sang et de pluie. Trempée de fatigue, inondée de rage, noyée de vengeance. Niflheim passa une main gluante d’hémoglobine sur son visage pour en essuyer la transpiration et la haine sauvage qui brulait ses traits. Ses lèvres avaient un goût métallique quand elle les lécha, et la saveur habituellement émoustillante la rendit nauséeuse. Le sable de Chronos ne faisait pas de bruit en s’écoulant et pourtant ; si le temps devoir avoir un son, elle dirait que c’était le même que celui du fluide vital glissant hors du corps. Et la Mort lui murmurait des mots doux à l’oreille quand elle s’affalait contre un mur crade d’un parking quelconque. Elle regarde le ciel gris et les nuages qui grondent et pendant un instant, elle a l’impression d’être en chute libre, et qu’il ne reste que quelques secondes avant qu’elle ne s’écrase.

Le soleil commence à se coucher et elle grogne. Entre l’heure du chien et celle du loup, c’est le moment de faire son show en temps normal. Pas cette fois. Cette fois, elle est entrain de crever sur un parking, affaissée contre un mur qui pue l’urine et sûrement assise sur des mégots et des chewing-gums pourrissants. Il y a des voitures et des camionnettes ici, de toutes les couleurs, rutilantes de luxes dans la lumières du soleil mourant, plus qu’elle n’en a jamais vu dans toute sa vie. Elle a envie de leur crever les pneus et leurs péter leurs vitres teintées et leurs phares. Ça serait amusant.
| Lun 18 Sep - 0:21

Arcan Lawstin

« Cher Arcan, je t’envois cette lettre avant tout en tant qu’ami de longue date, puis en tant que confrère dans le domaine médicinal.
Mais j’en oublie les politesses, j’espère que tu vas bien, et que tes voyages autour du monde se passe pour le mieux également.
Si je t’écris aujourd’hui cette lettre, c’est que j’aimerais que tu me rendes un service. J’enseigne et pratique actuellement dans une petite ville japonaise nommée Mayaku. Une ville charmante où il est rare de s’ennuyer.
Seulement il se trouve que j’approche de mes 70 ans et je commence à ralentir. Ainsi me suis-je dit que je pourrais partir profiter d’une retraite tranquille, a voyager, ou dans une petite ile.
Et c’est la ou j’ai besoin de toi. Autant je ne pense pas être indispensable a l’université dans laquelle j’enseigne, autant cette ville ne dispose que de peu de médecins (je travaille en collaboration avec l’hôpital pour te dire) et je préférerais ne pas abandonner mes patients et l’hôpital.
Je te propose donc de venir reprendre mon travaille ici, car tu es certainement le meilleur chirurgien que je connaisse  et que ton aide sera certainement la bienvenue dans cette ville.
Je réside dans le quartier Sud de Mayaku, un quartier paisible et culturel dans lequel je pense que tu te sentiras bien. Mais je t’expliquerais tout cela plus en détails si tu accède a ma demande. J’espère te revoir bientôt.
Ton Vieil Ami,
Arnold

Salutations, Arnold
C’est avec un grand plaisir que j’ai ouvert cette lettre âpres avoir lu ton nom suite a l’indication « Expéditeur ». Cela fait un bon moment que je n’ai pas été au Japon, ainsi je serais ravi de venir prendre séjour la bas, et je t’y rendrais ma décision.
Je prends l’avion dès demain et arriverais certainement dans l’après midi
Arcan
Une chambre vide, rangée. Un simple courant d’air lorsque l’hôtelier ouvrit la porte. L’homme qui avait occupé cette chambre filait déjà à travers le ciel vers sa prochaine destination.
Les secousses du aux perturbations, la brochure touristique de la ville, la respiration forte de son voisin endormi.
Un vol ordinaire.
Un tarmac bruyant, un hall anime, un contrôle d’identité toujours aussi efficace, la récupération de bagage.
Un aéroport ordinaire
Un grand brun au physique commun (malgré quelques tatouages), une mallette sous clé et un sac, accueillit par un ami médecin
Un chirurgien ordinaire ?

« Bienvenu a toi ! Tu as fait bon voyage ?


Ni pire, ni meilleur que les autres à vrai dire. Comment vas-tu ?


Bene e tu ?

Molto bene, tu as continué l’Italien ?


Ce sera notre première destination avec Sophia, ce que tu m’en avais dit m’a fasciné.


Dans ce cas j’aurais quelques adresses à te donner, tu aurais de quoi écrire ?


Hm, il doit avoir un stylo dans la boite à gant, et je dois avoir un carnet juste.. la


A cette adresse tu trouveras le restaurant qui sert le meilleur carpaccio du pays, et c’est une enseigne familiale et très accueillante, l’endroit est magnifique et cela va certainement vous plaire.


Dans ce cas je n’y manquerais pas


Mayaku semble être une belle ville
Dans l’ensemble oui, mais le quartier est a été totalement déserté de tout attention touristique et très vite la civilisation a laissée place a toutes activités illégales et a ses pratiquants.
Nous voila arrivés, le cabinet est une sorte de prolongement de la maison (il indiquait chaque batiment), Sophia nous attend a l’intérieur. On s’est dit que tu pourrais te joindre a nous pour le diner ?

Je ne reste pas longtemps par contre, j’aimerais aller me reposer.
Bien sur, entre.
Sophia, je suis rentré !

Ah ! J’arrive !
Bonjour.

Bonjour et bienvenu, c’est donc vous Arcan, mon mari n’a que des idées de voyages à cause de vous.
Ahah, cela lui ressemble bien.

Venez manger, je viens de finir de tout préparer.
Je vous remercie pour ce repas.

C’est normal, demain je te montrerais un peu la gestion du cabinet si tu veux.
Avec plaisir. A demain
Une rencontre avec un vieil ami, une discussion autour d’un repas convivial, et un retour pour une nouvelle nuit à l’hôtel
Un début de soirée ordinaire.
Une marche tranquille dans une rue plutôt déserte, le passage calme dans les rues aux vitrines fermées, la lumière d’un supermarché au loin.
Une promenade ordinaire.
Un parking mal éclairé, entre le coucher du soleil et l’éclairage publique, une odeur peu agréable des besoins récents d’un chien, mêlée à une odeur de mégots a peine écrasés … sang ?  
Un parking ordinaire ?
Un coup d’œil rapide entre les voitures et camionnettes. Une jambe allongée au détour d’un mur, des éclaboussures écarlates tout autour. Quelques pas de plus. Une silhouette se dessine, assise et agonisant. Un souffle, faible. Un regard, plein de rancune et de détermination. Un corps, affaibli, meurtri et amputé d’un bras.
Il faut croire que t’as de la chance. Tu vas pas crever maintenant.

Quelques pas pour faire demi-tour, l’entrée dans le supermarché, un dialogue rapide avec le vendeur. Son retour auprès de la blessée.
Cet homme qui la prends par le bras, un appui pour rejoindre une camionnette. Le chemin inverse. Le son d’une sonnette mélodique.
Arnold il faut l’aider, vite.

Entre ! Entre ! Installe-la sur le lit d’auscultation.
Une installation efficace, une preparation rapide.
Je suis désolé mais nous n’avons pas d’anesthésiant.
L’opération pouvait commencer.
| Lun 3 Sep - 10:17

Niflheim Guenhwyvar

Quelque part | 03h12

Elle se réveilla avec la distincte envie de vomir. Le cœur aux bords des lèvres et pourtant, trop faible pour gerber son estomac parce qu’elle avait la sensation que tout le sang qui aurait du être dans son corps avait été pompé à l’extérieur –ou déversé sur sa peau, parce que le moindre centimètre de son épiderme était collant et poisseux.

Les caprices de son appareil digestif refluaient et revenaient à la charge comme les vagues d’une mer déchainée alors qu’elle ouvrait difficilement les yeux –dans ses rétines, le soleil entier.

« - Ne bouge pas. »

Plus facile à dire qu’à faire, connard.

Son corps ne semblait pas à sa place, pas comme il le fallait, semblant choisir entre la vie et la mort. Si elle avait son mot à dire, elle préférait la vie. S’il pouvait prendre cette option, elle en serait très reconnaissante. Le sentiment étrange à son épaule était dérangeant, une perceuse creusant son chemin à travers ses os, et la douleur était insupportable mais pas assez pour pouvoir chasser l’engourdissement total de ses muscles ou la lourdeur de son crâne, noyé sous une cascade de bruits inconnus –le cliquetis du métal, le raclement d’une lame contre le cartilage, le pincement sur ses artères ? ça aurait tout aussi bien pu être sur son cerveau qu’elle n’aurait pas réagit autrement.

Malgré les sursauts nerveux, un calme qu’elle n’avait jamais perçu l’avait envahi, son esprit lâchant prise sur les sensations qu’il n’arrivait à traiter –trop nombreuses, trop fortes, trop trop trop.

Des cheveux bleu –rouges- dans les yeux et son regard sur ce qui aurait du être son bras –et qui n’était plus qu’un vide abyssal, rempli de tendons et de chaires déchiquetées, pendant d’un moignon sanglant qui tressautait par à-coups. Cela semblait si loin d’elle, comme si cette part d’elle-même –qui ne l’était plus, de toute évidence- ne l’avait jamais été, et parfois, serpentant autour de sa chair chaude, l’éclat métallique d’un câble et le crépitement du courant électrique.

« - Tu ferais mieux de ne pas regarder.

– Ça fait mal.

- Je peux aussi te laisser te vider de ton sang, ce sera moins douloureux. A toi de voir. »


Le silence à nouveau, et ses pupilles dilatées perdues dans la crinière noire –a portée de main, si seulement elle en avait encore une de disponible. Un visage, indiscernable derrière le masque et le flou de sa vue, perdu à travers ses yeux humides.

« – A quel point c’est moche ? »

Pas de réponse. Pas entendu peut-être, ou pas l’envie de répondre. Ou alors elle avait oublié de parler à voix haute –ça lui arrive parfois, de s’énerver parce qu’on ne lui répond pas et de se rendre compte qu’elle n’a rien dit au final. Et puis, elle se rend compte –le masque devant sa bouche, celui qui lui envoie de l’oxygène et qui la fait planer, ça ou la perte de sang monstrueuse qu’elle a subie, si elle se fit aux teintes pas censées être rouges du carrelage sous toute cette hémoglobine.

Niflheim se souvenait d’un moment où elle avait été comme un matin d’apocalypse : dévastatrice et imprévisible, elle se souvient d’avoir pu déchirer des montagnes en deux à mains nues et mettre en flamme une ville rien que d’un regard.

Alors pourquoi a-t-elle l’impression d’être un ver ?

La douleur se réveille, subite et déferlante. Son corps s’arc, tente de fuir la pression mais c’est comme être ensevelie sous des centaines et des centaines de tonnes de plomb. Quoi qu’elle fasse, impossible de s’en échapper.

« - J'éviterai si j'étais toi. Tu as cessé de respirer, deux fois, mais apparemment ton cœur n'a pas encore lâché. Du genre tenace. »

Tu es une arme ; les armes ne pleurent pas.

« - Ton membre n’a pas été retrouvé –mais penses bien que nous n’avons pas vraiment eu le temps de le rechercher- et tout entre le coude et l'épaule était irrécupérable. Un vrai travail de boucher. Je vais faire ce que je peux pour arranger ça. »

La terreur la dévore, gargantuesque et prestigieuse, assez pour secouer de long et large tout son corps massacré et endolori. Il y a une main ferme et froide et chaude sur son épaule –ce qui en reste- et des yeux noirs et perçants et tranchants –comme ce qui est entrain de la ravager de l’intérieur.

Il n’y a pas de raison d’avoir peur, dis-le.

« – Il n’y a aucune raison d’avoir peur bordel de merde. »

Encore.

« – Je n’ai pas peur. Je n’ai pas peur putain, et si tu mes tues enfoiré, je ferais en sorte de sortir du fin fond du cul du Diable lui-même pour t’amener avec moi jusqu’en Enfer. »

Un sourire –qu’elle ne voit pas, déjà reparti au seuil des Portes du Purgatoire.

« - Charmant. »
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