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 Et dans l'incertitude, peindre cet entre-deux que je refuse de caractériser... Olympe&Jizo

| Jeu 14 Sep - 9:53

Jizo Takeda


Mardi. ll fait déjà nuit et le froid s'infiltre sous ma peau pour la faire frissonner des exactions que je balade dans ma tête au fil de mes déambulations. Je sais où je vais, je ne sais si je m'y rendrai réellement cependant. Il y a dans ce chemin-là des égarements de plus en plus indistincts qui viennent dessiner quelques éclats sur mon masque parfait, qui rend tout inexact vu que je ne connais plus la vérité. Des terres qui sont siennes car elles ne m'appartiennent pas. J'aime m'y projeter car j'y disparais complètement. Quartier que je ne fréquente que peu, anonymat de rues que je traverse sans condescendre à l'hommage de mon regard, automatisme d'une lubie. Je déteste avoir des obsessions, elles finissent par me détourner de mes affaires et mes affaires sont censées former mes seules amantes et peindre les seuls attraits de mon existence. Comme continuer à persécuter Ginza, mon assistant, qui a enfin réussi le prodige de dénicher l'information que je souhaitais. Un peu plus, et je le balançais de l'étage où siège nos bureaux pour voir s'il avait au moins le pouvoir de me divertir en crevant. Tant pis, le professionnalisme soudain du jeune homme a gommé son rôle de futur sacrifié. J'en trouverai bien un autre à malmener, ils se disputent la médiocrité comme d'autres s'arrachent les dossiers les plus reluisants dans les couloirs tortueux du palais. Arès suit, à petits pas, les mêmes automatismes dans son grand corps malingre et musculeux, il connaît ce chemin, il le sait par coeur. Si je lui parle, ce n'est que pour lui murmurer :
_ Tu as envie de le retrouver n'est-ce pas ?
Il me zyeute, les envies que j'énonce sont les miennes, je le sais bien, toujours est-il qu'il pourrait avoir l'obligeance d'afficher un air ravi pour partager les détours injustifiés de mon quotidien. Faux ami. Lâche. Fourbe. J'émets un petit claquement de langue méprisant et je reprends la route, déambulant contre le vent qui a décidé de cingler mon visage pour mieux me voir user de mon libre arbitre de le contrer j'imagine. Il semble me confirmer qu'ici n'est pas chez moi, que je devrais retourner dans ma tour d'ivoire où les éléments obéissent à ma seule volonté. Je n'aime pas particulièrement que l'on me contredise, même lorsque mes instincts dictent et composent, quand je devrais obéir à la raison. Je n'aime pas particulièrement obéir non plus. Tout cela est visiblement inextricable.

Deux rues. Puis celle que je vise. Tourner les talons à présent serait couard, j'étrangle mes contradictions et j'avance plus encore. C'est le chien qui daigne se précipiter à la porte comme s'il était parvenu jusqu'à sa demeure. Ton élan est tardif mon frère, trop tardif pour racheter mes errances. Je pousse la porte, je laisse Arès dehors prendre le frais tandis qu'il se couche aussitôt sur le seuil. Je ne m'annonce jamais, je ne préviens pas, j'apparais. Quand ça me chante, quand ça me plaît. Cela fait plusieurs mois que ce manège dure et à chaque fois mon oeil cherche la silhouette d'Olympe que je débusque toujours dans des attitudes différentes, changeantes, tout comme lui. Ici, c'est un monde auquel je n'appartiens guère, que je finance comme ces bourgeois qui ont besoin d'une distraction ou de racheter le pourpre qui envahit leurs âmes à force d'égoïsme. Mais je ne viens rien racheter, ni mes conduites, ni mes pensées. Encore moins mes actes. Je joue le mécène parce que c'est un rôle qui m'est étranger. Et chez lui, je joue l'étranger pour avoir la tranquillité de n'être rien, quand Olympe sait être tout à la fois. Mon empire façonné est une case qui souffre de connaître les limites que j'ai posées... Le sien est multiple, presque insensé. Je ne sais même pas s'il connait ma profession, je ne la lui ai jamais dite, il ne connaît que mon prénom. De toute façon, ce n'est pas comme si ma gueule et mon état pouvait se fondre dans un réel anonymat. Je ne dis rien, comme à chaque fois, une fois entré dans le studio qu'il occupe dans son métier, je regarde un cliché, puis mon regard détaille les airs du propriétaire. Je me laisse tomber sur un siège, dans mon silence composé, avant de balayer l'air de mes phrases. Offrande à l'inédit d'une situation que je refuse de définir. Courtoisie. Amitié embryonnaire. Attrait maladif. Les définitions m'agacent, mon monde en est sclérosé :
_ Je crois que je devrais te dire d'être plus productif. Les gens qui payent font cela non ? Ils donnent des conseils vides, ils justifient leur investissement. Mais ce serait déjà chercher des évidences quand l'incertitude te caractérise tout entier. Bonsoir Olympe.


Maintenant, je sais. Ce monde, tel qu'il est fait, n'est pas supportable. J'ai donc besoin de la lune, ou du bonheur, ou de l'immortalité, de quelque chose qui soit dément peut-être, mais qui ne soit pas de ce monde.