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 À la lueur de nos ombres réunies... Dreiden & Jizo

| Dim 10 Sep - 18:53

Jizo Takeda


Mon regard traine sur le lourd rideau qui occulte une partie du soleil enténébrant mes traits tandis que je fais mine d'écouter les pathétiques excuses de mon sous-fifre dont l'honneur discutable lui donne une posture qui frôle le ridicule. Je bloque un soupir dans ma gorge tandis que mes lèvres dessinent une moue méprisante alors que mon oeil retombe sur sa silhouette courbée puis sur ses lèvres trop épaisses qui vomissent un argumentaire vide que je n'entends déjà plus. Un geste. Un seul. Le flot s'arrête et l'étrangle avant qu'il n'ose zyeuter avec terreur dans ma direction tandis que je me rencogne dans mon fauteuil, redressant mes épaules osseuses pour mieux le surplomber de ma superbe quand il m'apparaît inutile. Inconsistant. Insignifiant.
_ Vous êtes en train de dire que vous n'avez donc pas réuni les informations sur Monsieur Narita. C'est bien ce que vous peinez à formuler, n'est-ce-pas ?
Mon ton est égal. Tranchant. Arès arrête de bailler aux corneilles et redresse son faciès pointu dans la direction de l'intrus, ce qui achève Ginza dans une position fort inconfortable entre la soumission et la peur la plus brutale. Il bredouille plus encore, une prose infâme que je ne tente même pas de comprendre. Je balaye l'air une fois encore :
_ Cela fait par deux fois que vous faites preuve de cette incompétence qui m'embarrasse.
Je reviens à mes papiers sans ne plus daigner même m'intéresser à sa personne :
_ Je vous conseille de ne pas tenter de réitérer une troisième fois.
« C'est que... Monsieur Takeda... Je vous assure qu'il n'est pas simple de réunir ce que vous avez demandé pour...»
Mon visage se relève, la mine de mon crayon se brise sur le papier. Un coup sec qui tonne comme une déchirure dans l'air déjà trop oppressant de mon bureau pourtant immense. Arès se dresse sur ses longues pattes, aux aguets, comme s'il attendait un quelconque ordre de ma part pour se jeter sur ce pauvre hère que je me promets d'humilier plus encore à l'avenir avant de le licencier pour le perdre aux yeux de cette société qu'il a cru bon de braver. Je ne dis rien mais mon iris flamboie, le feu sous la glace qui fait Ginza se raptisser. Le voilà rendu à sa juste taille. Il se tait. Arès ne le quitte pas des yeux alors qu'il recule précautionneusement en ajoutant avec une précipitation qui le rendrait presque comique :
« Je vous prie de m'excuser monsieur... Takeda... Je... Je vais... Vais...»
Mais oui c'est ça. Vas-y. Disparais. Espèce de connard dégénéré. Ma langue évite de fourcher les insanités dont j'aimerais décorer la distance qui se creuse jusqu'à ce que la porte se referme enfin. Je plisse des yeux vers le panneau de bois comme si je continuais d'assassiner Ginza avant de murmurer : Les recrutent-ils tous aussi couards et faibles ?

Arès mugit légèrement en réponse, nous ne savons visiblement pas quoi penser de notre cas désespéré. Mon affaire en cours s'éternise à cause de ce retard. Nous devons dénicher chez Narita un vice dans lequel le noyer pour nous débarrasser de sa compagnie. Elle indispose la Confrérie dans les nouveaux marchés qu'elle vient d'infiltrer dans toute l'Asie. Un concurrent fantoche est plus simple à manipuler qu'une teigne comme Narita qui croit pouvoir ainsi perdurer en venant disputer des rachats qui nous intéressaient. L'avidité... Un trait fâcheux chez les gens brillants comme peut l'être Narita. S'il était sot sans doute aurions-nous pu le salir par quelques putes et le trainer au tribunal pour une affaire de moeurs. L'appétence pour la chair et la débauche se perd... Quelle tristesse. Cette considération admise, je couche un dernier soupir tandis que je fatigue à la lueur décroissante du jour et je m'étire en reposant soigneusement mon stylo malmené par mon agacement. Je décide d'aller m'infiltrer dans les couloirs du palais, quelques rues plus loin, afin de goûter la peur dans les yeux de mes collaborateurs ou opposants. La dernière affaire remportée par mon bureau fut... Sanglante. Le bougre que nous avons traduit en justice s'est malencontreusement suicidé. La honte fait cela. La honte et quelques incitations bien tancées.

Les mains dans les poches de mon grand manteau noir, j'attends que la machine à café qui goutte un breuvage infect mais rassérénant me délivre ma dose horaire alors que je fais craquer les articulations de mes doigts pour tromper l'ennui et le dégout. Je songe de nouveau à Ginza et je l'imagine dévoré par Arès qui m'a suivi docilement jusqu'ici. Je baisse la tête pour regarder mon chien et j'ai un sourire en coin qui laisse ses prunelles sombres briller d'envie. Il semble avoir compris mes songes et j'ajoute lentement :
_ Plus tard... Je te le promets.
Mon sourire s'agrandit avant que je ne relève mon propre museau pour considérer le vide alentour et que je ne reconnaisse la silhouette immanquable d'une nouvelle recrue du parquet. Son nom éclate dans mon esprit comme une évidence. Je me tiens au courant de tous les nouveaux visages qui osent éclore sur mon terrain de jeu et tandis que mes lèvres plongent lentement dans le café trop brûlant et bien trop amer, je le dévisage sans rien dissimuler de mon inspection. Cela dure quelques secondes qui sonnent dans le silence comme des grains d'éternité arrachés à la fresque humaine que nous constituons malgré nous. Morgan Marshall. Débauché notoire, jeune talent aux fréquentations sans doute inavouables aux vues de son casier par trop chargé. Je me demande parfois comment l'Université a pu supporter d'accoucher d'une telle déviance, à la fois fasciné par ces détails brumeux qui me reviennent et agacé par leur teneur nocive. Je me méfie des vices de ceux que je ne connais pas assez. Ce sont des prises trop évidentes pour des ennemis que l'on ne se destine pas encore. De ces accroches faciles qui pourraient s'avérer en cacher d'autres... Bien plus intéressantes sans doute. Le jeune Marshall. Je me demande ce qu'il fait descendu dans nos limbes à cette heure tardive lui qui ne doit guère s'escrimer à bosser les dossiers que la commission doit toutefois commencer à lui confier. Jeunesse sans preuve si ce n'est sa dissolution dans l'éther et le néant. Mon sourire naît sur mes lèvres mais n'atteint pas mon oeil. Je fais quelques pas jusqu'à sa hauteur. Nous avons sensiblement la même taille, ce qui me permet de laisser tomber à son encontre, autant par provocation que pour me distraire.
_ Vous êtes vous égaré Marshall ? Un souvenir soudain de vos obligations quand vous semblez pourtant avoir développé tous les talents pour les fuir ?
| Mer 13 Sep - 20:56

Morgan Marshall

À la lueur de nos ombres réunies, je maintenais mes lèvres entr’ouvertes, mon regard pour l’horizon et rien d’autre. Elle bascule, ma tête, elle ne me portait plus vraiment. Vous savez, j’étais un acharné du travail, mais je n’en foutais pas une. Je savais exactement que mon client, que le rival de mon client, que l’avocat de la cour adverse et que toutes ces personnes autour, seulement là pour observer les faits ou les juger, allaient se rallier à ma cause. Ce n’était même plus de l’ordre de l’aura charismatique que je dégageais, c’était bien pire. En fait, on m’avait débauché au Tribunal de Grande Instance de Mayaku depuis à peine une semaine. Il se trouve qu’on m’adulait déjà.

Là, j’avais décidé de prendre un thé. L’Earl gray – on ne va pas trahir les traditions anglosaxonnes – entre mes doigts me réchauffait les mains. Il fallait dire que dehors les températures se faisaient plus fraîches. J’observais d’ailleurs, ces quelques brises faisant tomber les pétales de nos cerisiers. Je dis ‘nos’, parce que ce Tribunal s’avérait comme ma seconde propriété. Je m’étais fait un nom. J’avais une renommée. Je l’entretenais comme tout anglais raffiné, et au même titre que les Français avaient pu mettre un nom sur le fait d’avoir un stéréotype de style comportemental. On m’attendait sur des gros dossiers. Des têtes de la ville - aussi pour l’intérêt que nous avons envers notre Quartier Nord, qu’ils valaient mieux protéger, il rompt avec mon silence, Vous êtes vous égaré Marshall ? Un souvenir soudain de vos obligations quand vous semblez pourtant avoir développé tous les talents pour les fuir ? Je cligne des yeux avant de déporter mon attention sur l’homme qui se tenait face à moi. Je suis désolé de faire de l’ombre à votre tableau.

Pratiquement ma taille. Un œil bandé. Une condescende qui imposait son statut. Jizo Takeda, Procureur à la cour de ce qu’on m’en avait soufflé. Oui, je m’intéressais de près aux personnes qui composaient mon environnement d’échelle microscopique sociologique, sinon d’une vue macro à tous les Mayakoïtes. Ce n’était pas pour rien que les Nordistes connaissaient mes relations avec la Maire, mais personne ne savait pour le jeu pernicieux qu’elle voulait avec moi. Zhen, elle feint de m’aimer. Elle croit qu’elle m’attira en ce sens afin d’assouvir ses finalités personnelles. Je me disais que reproduire les schémas de pensées lors de mes interludes avec Marcangella De Conti m’était bénéfique. Avec intelligence, j’observais, apprenais sur la psychologie – j’avais d’ailleurs acheté de moi-même quelques bouquins à ce sujet. Avant, je n’aurais jamais pensé que consulter allait m’apporter d’aussi belles opportunités. Par contre, je regrettais bougrement la drogue. Un mal pour un bien. Marcangella? J’en sais rien, je ne sais pas quoi en penser, je souriais au procureur, On m’a venté que vous aviez échappé à vos responsabilités, déniant de bien vouloir travailler à mes côtés sur une affaire parce que vous reniez mon potentiel. Je suis tristement désolé pour vous, moi qui arrive de manière aussi appropriée que la pluie, c’est manquer d’efficience que d’agir en ne m’intégrant pas à vos cas juridico-professionnels.



« Je suis la coke de Dreiden .
| Ven 15 Sep - 19:20

Jizo Takeda


La voix calme de ceux qui ont toujours su leur place dans l'existence, ou plutôt qui la croit déjà acquise. La voix calme et l'arrogance de la jeunesse au bord des lèvres. Mon sourire est plus cru, de ceux que j'emploie lorsque j'obtiens ce que je souhaite sans même présager que je voulais quelque chose. Ce qui ne devait être qu'une pique devient l'aube d'une conversation quand je me surprends à m'attarder, lorgnant dans les ridules du thé qu'il berce entre ses mains comme pour y lire l'avenir des mirages qu'il peint rien qu'en enfilant les syllabes. Je connais l'assurance et ce qu'elle masque, j'en use et en abuse moi-même pour obtenir ce que je souhaite et ce depuis tellement d'années que je ne sais plus comment les compter. Assurance factice de ceux qui ont les dents qui rayent le parquet mais qui s'oublient dans des fuites iniques pour mieux se sentir exister. Les cernes de ses nuits sans sommeil sont éloquentes. La froideur de ma prunelle également. Âmes insatisfaites rendues à l'ombre... Que cherches-tu ? À te mirer ainsi dans le regard des autres, petit ? À estamper ton nom dans les conversations pour les marquer au fer rouge de tes aspirations ? Le pouvoir ? Un quelconque idéal ? Ou pire encore ? Combler ce vide que tu ressens ? Je m'attarde, ma marche se brise et je le regarde vraiment, avec la langueur des plus avides inquisitions, alors que mon murmure le rencontre :
_ Vous ne faites que porter une ombre de plus... Je ne sais encore si c'est une ombre de trop.
Mon sourire disparaît, l'envie de jouer s'accroche à mon coeur ravivé par une sorte de soubresaut arraché à l'intérêt. L'on me dit misanthrope. Je ne fais en réalité que peu de cas de la plupart de mes pairs dont la banalité déchaîne un ennui abyssal quand elle ne me révulse pas. J'attends l'affront que sa bouche termine de dessiner et il irrite mes humeurs au point de les soulever toutes ensembles. Ma posture se rigidifie bien que je ne puisse masquer le souffle teinté de mépris que j'expulse, augmentant par là mes airs condescendants.

Si l'on me peignait déjà son grand égo, je crois que je ne m'étais fait que l'esquisse de ce qui s'avère en réalité un monstre de complexe de supériorité. Mon sourcil se hausse, je le regarde plus encore, prenant un temps considérable pour terminer mon café, autant pour l'obliger à patienter que pour lui signifier que ses griefs passent largement au-dessus de ma tête pour que je ne m'en encombre pas. Pour qui se prend-t-il donc, à peine arrivé, à croire que son mérite pourrait aussi rapidement ouvrir ma porte et lui faire pénétrer les arcanes qui me sont familières ? La dernière gorgée avalée, ma main broie le gobelet et le balance dans la corbeille à nos pieds, avant que ma voix ne se fasse plus féline, extrêmement lente :
_ Voyez-vous ça... Un manque d'efficience, n'est-ce pas ?
Silence que je laisse s'éterniser, venir draper nos statures dans une lutte amorcée. Je ne sais quoi peser, son intérêt sans doute falsifié pour mon bureau ou mes affaires, ou encore son attaque quant à mon peu de faculté à bien m'entourer. Enfin... tout du moins à le considérer lui comme un entourage viable. Risible. J'ai du mal à ne pas m'esclaffer. Je contre. En un rythme plus bref et des mots plus acérés. Le rythme de mes tirades au tribunal :
_ Oh... Vous voilà déçu sans doute de vous voir dénigré quand tous ceux qui vous entourent semblent s'être mis d'accord pour chanter vos louanges ? Vous goûtez sans doute très peu ce que les gamins capricieux et trop encensés ne peuvent subir, mais permettez-moi de vous rappeler cette terminologie-là. L'on nomme cela la frustration Marshall. Et vous savez à quoi elle sert ? À se débarrasser des médiocres qui ne savent que maintenir une façade qui sera bientôt écroulée, tout comme les louanges que l'on gravent sur du plâtre en croyant frôler l'éternité du marbre.
Une pause. Un souffle. Je réduis l'écart et mon oeil trouve les siens avec plus de dureté encore :
_ Je me fiche de votre potentiel. Votre potentiel ne m'intéresse pas. Ce que l'on dit de vous n'a que l'allure des fables. Et lorsque la vérité les déchire, ne demeure que la déception d'y avoir seulement cru. Je n'ai pas le temps de croire. Je n'ai pas le temps d'être déçu. Je n'ai pas la patience de l'être non plus.
Je m'écarte peu à peu, et penche légèrement la tête sur le côté, pour le jauger encore, le juger véritablement :
_ Alors, Marshall ? La déception ? Ou l'éternité ? Le plâtre... Ou le marbre ? Pourquoi êtes-vous ici, à projeter une ombre à mes pieds ?