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 Pretty dead in flowers

| Lun 5 Juin - 16:48

Morgan Marshall



Sois un modèle pour les fidèles,
en parole, en conduite, en charité,
en esprit, en foi, en pureté.

— 1 Timothée 4-12





EXT. QUARTIER NORD, FÔRET — SEIZE HEURES — JOUR

La silhouette déambulait d’arbres en arbres. Les tremblements l’envahissaient. Il y avait ces troncs. Il y avait ces brindilles sous ses pieds nus. Ça craque. D’arbres en arbres il se mouvait, ce corps désarticulé. Ça craque à chaque pas. Vent au vent les sonorités rauques de sa voix, celle qui hurlait par le manque, elle voltigeait. Il se laissait crouler contre chaque tronc d’arbres qu’il croisait. Il pensait qu’ils allaient le retenir, mais il devait s’efforcer de se maintenir à eux par ses frêles doigts. Christal non loin de lui savait ce mal essentiel. Christal n’aimait pas vraiment les Marshall, mais l’aimait lui. Christal, savait. Alors, Morgan hurla librement. Morgan, savait. Alors, Christal l’attendît.

EXT. FÔRET, CONTRE ENVER —SEIZE HEURES TRENTE — JOUR

Puis, l’herbe fouetta leurs corps peu vêtus, chatouilla le creux de leurs pieds marqués par la terre. Il avait contre son corps celui de Christal. Collé l’un à l’autre sans la moindre gêne, comme un frère et une sœur, à la seule différence que leur proximité était tournée vers quelque chose de plus profond, de plus intime encore - Par intime on parlait de notre intimité, celle que Dieu avait décidé de leur donner. Entre ses mains, il avait sa chevelure aussi blonde nordique que la sienne qu’il tressa de plumes, de perles, de morceaux de bâtons trouvés de-ci, de-là de leur escapade. Contre son bassin les jambes de Morgan s’y étaient entourés et il tressa de ses doigts de fée. Mèche, plume rose longue et douce, mèche . . . Le cœur de ces bois leur appartenait autant qu’il ne leur appartenait pas. C’est ce que Christal lui avait dit. Elle lui parlait quand elle avait des choses à dire, Christal, sinon, elle ne parlait pas. Christal n’aimait pas qu’on l’appelle Christal, en vérité, elle ne supportait pas son prénom et il comprenait que lui aussi, il ne le supportait pas. Il y avait pleins de choses à apprendre d’elle. Elle appréciait le silence, non, pas celui qui se résumait à faire tomber vos phonèmes – la plus petite unité discrète ou distinctive que nous puissions émaner – plutôt imaginez que vous êtes une stalactite. C’est dans ce silence-là que nous aimions nous plonger. À l’horizon rien qu’une vaste étendue d’herbe, qui me paraissait aussi verte que celle en Angleterre, et ces arbres. Je crois qu’il y a des faux prêcheurs, et . . . nous. Je dis je crois parce qu’on n’est jamais certain, on a pas la vérité universelle. Peut-être que ces faux prêcheurs qui s’insinuent dans les failles de Mayaku sont nos sauveurs envoyés par Dieu pour gérer les problèmes de l’univers. Est-ce qu’aller contre eux, fait de nous des hérétiques ? Ou est-ce gravé dans notre destiné d’agir autrement pour mesurer combien nous sommes importants ? Christal savait pour mon addiction. Christal connaissait Aiden, non pas parcequ’elle l’avait rencontré, mais parce qu’elle m’avait écouté parler d’elle tellement de fois qu’elle savait parfaitement peindre son portrait. Est-ce eux ou nous qui sommes contre le monde ? Il laissa flotter la question sans nécessairement besoin de réponse et continua. Pour moi, ma façon de revenir en contact avec l’humanité, c’est de montrer aux personnes combien elles sont importantes. Je me situe entre Moïse et Némésis, je suis celui qui montre aux Mayakoïtes qu’ils peuvent échapper à leur situation de conditionnement humain, fais d’eux une nation et les conduis aux portes de notre Mayaku personnifiée par la loi d’équilibre du monde. Et je ne suis pas le seul précurseur de ma pensée, j’ai Aiden. Elle m’a fait prendre conscience que le meilleur chemin à suivre est celui que nous voulons, par la joie à transmettre à chaque personne que nous croisons sur notre voie et leur insuffler ce même air positif que nous respirons. C’est elle qui m’a initié à m’interroger sur la vie. Par extension, Aiden m’est une personnification de Dieu. Alors que j’étais protestant, cela veut dire que j’ai deux dieux. Je me demandais si je suis polythéiste. Mèche, plume rose longue et douce, mèche . . . Ma vie se créait autour d’un mouvement esthético-artistique et la part de politique y est autant infime qu’une particule de poussière d’étoile. La politique de la déconstruction constructive, la politique pour la non-politique. Les yeux bleus de Christal me dévorèrent et il lui sourit, il avait envie de lui dire : Je reconnais la nature et les animaux. C’est quoi ton animal totem ?



« Je suis la coke de Dreiden .
| Jeu 15 Juin - 23:03

Christal Marshall

Elle a son écharpe qui s'enroule dans le vent. S'échappe entre les filaments de ses cheveux blancs. Il y a dans le ciel quelque chose de duveteux, un élan de lucidité pour trois secondes de confusion. Et les chants des merles, et la couleur du feuillage à travers les rayons d'été, le parfum suspendu d'une jolie fille sur la chaussée. Une jolie fille.
Entre le bitume et le ciel, elle avait toujours été une fille de la ville, une fille des passages piétons et des feux rouges. Elle arpentait les trottoirs avec l'agilité de l'équilibriste, toujours à moitié virevoltée, toujours à moitié exaltée. Elle aimait ces cages de verre et d'acier, ces secondes miraculées au-dessus des cieux, tout en haut des buildings. Toute cette tension élaborée, ces cinq minutes dans l'ascenseur à patienter, trépigner, la gorge nouée par l'anxiété de l'attente, par l'excitation des petites filles. Lorsque les portes s’ouvrirent, la lumière du dehors l’éblouit. Le monde s’étendait là. Juste en dessous de ses pas.

La liberté vierge lui donnait le vertige.

L'irrésistible moment sonnait lorsque le vent l'emportait, brutal et froid. Lorsqu'elle sentait tous ses vêtements s'envoler autour d'elle, claquer le long de ses jambes. Lorsque son propre corps avait l'air de ne plus faire partie de cette gravité, qu'il suffisait qu'une volute s'enroule autour de sa cuisse, glisse le long de son nombril, lui caresse la gorge. Pour l’'attraper. L'envoler. Elle n'était plus que hauteurs de cheveux et de tissus, lorsqu'elle lève les bras, elle sent son cœur s'évader. Toute son âme vagabonder. Lorsqu'elle regarde au loin, il n'y a que ces dizaines de tour surplombant cet immense désert de végétation. Elle était en haut, tout en haut, le plus haut.
Elle était en haut.

Elle aurait aimé qu'il soit là, qu'il la regarde au loin, qu'il sourit. A moitié dévorée, elle se rapprocha de la cage d'escalier, lorsqu'elle se tordit en deux pour tirer la lourde porte, tout le souffle s'engouffra dans le couloir. Happée par le vent, elle se retourna pour lui offrir un dernier adieu et la porte s'était déjà refermée sur elle.

Les cheveux enroulés autour de la tête, son pas faible l'amena à la lisière du bois du quartier Nord. Elle n'avait pas entendu, elle avait senti. Il avait ses habitudes et il hurlait souvent sa peine dans les coins environnants. Ses multiples tentatives de sevrage, elle les avait toutes endurées, assise à son chevet, essuyant son front trempé de toxines, posant ses doigts sur ses mains tremblantes, enlaçant de ses yeux clos tout son corps fébrile. Lorsqu'il criait, sa peine restait dans sa gorge, il n'y avait aucune autre façon de l'expier, il n'avait aucun autre moyen de le montrer.
La vérité, c'est qu'il n'avait jamais vraiment eu envie de s'arrêter.
Il était un être d'excès. Et lorsqu'il posait ses mains amoureuses sur son menton de collégienne, il oubliait la tendresse pour lui offrir toute sa douleur et sa rage. Lorsqu'il souffrait, il exigeait qu'elle souffre à ses côtés. Elle n'avait jamais refusé. Elle attendait toujours le moment d'embrasser la souffrance, elle aussi.

Ses pas la portèrent derrière un vieux pin abimé, ses branches cassées, son écorce éraflée, tout son être fait de nœuds et de stries. Il était là, assis contre son tronc, son tronc contre son tronc. Il avait fait corps avec lui.
Elle tenait dans ses mains les lanières de ses chaussures, ses pieds nus arpentaient la mousses et les rochers. Lorsqu'il la vit, il ne sourit pas, sa main vint lui attraper la gorge comme il aurait attrapé un chaton trop excité. Et ils firent corps, ensemble. Elle avait laissé tomber ses talons rouges sur le sentier.

Quand il ouvrit la bouche, ses lèvres arpentaient des mélodies a capella à peine chantées. Ses doigts délicats qui n'avaient jamais travaillé arpentaient ses mèches à elle qui n'étaient jamais coiffées. Il lui offrait les détritus de la nature, les plumes mortes des si beaux oiseaux, les fleurs à peine cueillies, déjà éteintes. Ses morceaux de bois défunts. Toutes ces merveilles, cadavres magnifiques ravivant l'éclat du blanc de son être. Apportant la couleur. Luisait à travers le bleu de ses yeux.

—Haha. Drei. Redescend. Où est-ce que tu vas chercher tout ça ?

Elle savait.

— Tu seras un Dieu lorsque je t'aurai ressuscité.
— C'est elle qui m'a initié à m'interroger sur la vie.

C'est elle qui t'a initié à t'interroger sur son cul.
Dans un souffle, elle sourit de ses lèvres fines et chaudes. Sa langue était collée à son palais depuis tellement de temps. Elle sentait l'air entrer dans ses narines et redescendre se confronter à sa langue, s'engouffrer dans sa gorge. Se perdre dans ses poumons.

— Ne te laisse pas faner Drei.

Elle se retourna lentement, pour ne pas brusquer son monologue. Elle écoutait. Elle écoutait. L'ardeur résonnait dans son coeur en fausses notes. Mais elle n'avait pas la place pour laisser s'échapper les mots creux qu'elle avait en tête. Elle posa son nez sur sa joue rosie par le froid et l'humidité. Les branchages et les plumes ornant ses cheveux cliquetèrent en bruits singuliers, élégants. Le vent venait de se lever.
Ses yeux dans les siens. Les siens dans les siens. Trois corps une entité. Le bois et la chair.

Avec lui, elle devenait une fille de la nature.

— Je reconnais la nature et les animaux. C’est quoi ton animal totem ?

Autour d'eux, la nature devenait indiscrète, s'éteignait dans un silence d'outre-tombe. Ses cheveux retombèrent lentement au creux de son cou, il semblait que les feuilles s'étaient arrêtée de bruisser. Il ne restait plus qu'eux à arpenter insouciant ces volutes de terre chaude et humide. Le monde autour était aux abois. Il épiait. Il écoutait.

— Je serai un fan. Drei, on ne grandira jamais.

Jamais.



— God loves His children,
that's why he kills them yeah